Claudine Wyssa

Les petites communes s’éveillent au risque de piratage

Bussigny vient d’obtenir un label de sécurité informatique, une première suisse. Des communes vaudoises ont déjà été rançonnées.

La Commune de Bussigny est la première commune de Suisse à obtenir un label de cybersécurité après s’être soumise à un audit. Initiée par l’Union des communes vaudoises, la démarche a été menée par la syndique Claudine Wyssa, également présidente de l’UCV, et le secrétaire municipal Pierre-François Charmillot.

Les attaques informatiques ne concernent pas que les gouvernements, les entreprises et les quidams. Les petites communes ne sont pas épargnées, y compris dans le canton de Vaud, mais leur prise de conscience ne fait que commencer.

En début d’année, Bussigny – près de 10’000 habitants – a fait œuvre de pionnière en devenant la première commune de Suisse à obtenir un label de cybersécurité. Elle a en effet participé à un projet pilote de l’Union des communes vaudoises (UCV) en collaboration avec l’association Suisse pour le label de Cybersécurité (Cyber Safe), qui décerne la certification au terme d’un processus d’audit et de test. L’idée fait déjà des émules, puisque la Confédération mène désormais la même démarche à l’échelle Suisse.

La crainte du rançongiciel

«La société avance de plus en plus vers la numérisation, donc les risques augmentent», estime Claudine Wyssa, à la fois syndique de Bussigny et présidente de l’UCV. L’enjeu est particulier pour les communes, car elles abritent des données personnelles et parfois fiscales de leurs administrés. La syndique relève en particulier la crainte des rançongiciels, des programmes qui permettent à des pirates de crypter les données d’une organisation et d’extorquer de l’argent pour lever la prise en otage.

«Dans le canton de Vaud, j’ai connaissance d’un cas qui concerne une association de communes. Ils ont dû payer.» Le groupement de communes en question, qui a été ciblé il y a deux ou trois ans, n’a pas voulu témoigner ou livrer le montant de la rançon.

Ces cyberattaques sont-elles fréquentes? En Suisse, le Centre national pour la cybersécurité de la Confédération (NCSC) reçoit une dizaine de signalements par année de communes victimes de piratage informatique. «Ce n’est pas beaucoup. Mais il n’y a pas d’obligation d’annoncer ce genre de cas», commente Max Klaus, responsable adjoint de la centrale d’enregistrement et d’analyse pour la sûreté de l’information MELANI au NCSC. L’expert précise que les communes visées ne communiquent pas l’impact financier de ces piratages, qui vont de l’hameçonnage au rançongiciel, et que celui-ci est souvent difficile à évaluer.

Si les données disponibles en Suisse sont peu nombreuses, aux États-Unis, une étude de l’entreprise de cybersécurité Kaspersky estime que les cyberattaques sur des institutions municipales ont augmenté de 60% entre 2018 et 2019, avec des demandes de rançon de 1 million de dollars en moyenne. En France, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information indiquait qu’en 2019, 25% des incidents qui lui étaient rapportés concernaient des communes, avec des niveaux de gravité divers.

Des failles critiques

Dans l’expérience pilote de l’UCV, il ressort que trois communes se sont portées volontaires pour tenter d’obtenir le label Cyber Safe, mais une seule y est parvenue pour le moment. «Nous avons aidé deux communes à identifier des failles de sécurité critiques, c’est-à-dire des failles qu’il est possible d’exploiter sans être un pirate chevronné», commente Christophe Hauert, secrétaire général de Cyber Safe.

Bussigny a réussi à passer toutes les étapes du processus, qui comprenait notamment un test grandeur nature de phishing, soit l’envoi d’e-mails frauduleux dans le but d’obtenir des données et des accès. «La vigilance des collaborateurs est un aspect important et dans l’ensemble, ils ont bien réagi», souligne le secrétaire municipal Pierre-François Charmillot au terme de l’expérience. Il a néanmoins fallu investir dans quelques nouveaux outils informatiques pour se mettre à niveau.

Une sécurité qui coûte

En matière de cybersécurité, en tout cas dans le canton de Vaud, les communes sont souveraines, comme dans beaucoup d’autres domaines. Mais des incitations semblent bienvenues. L’UCV a ainsi proposé à trois communes de se faire auditer pour le label Cyber safe gratuitement, alors que la démarche peut coûter entre 3000 et 10’000 francs selon la taille de la commune. Difficile de dire si d’autres communes feront la démarche avec leurs propres deniers, même si elles bénéficieront d’un rabais de 20%.

Après l’expérience vaudoise, la Confédération n’en a pas moins décidé de lancer un projet pilote similaire en partenariat avec l’association des communes suisses et en proposant également le label cyber-safe à une quinzaine de communes.

«On voit que les petites communes n’ont souvent pas le savoir-faire et les infrastructures informatiques pour protéger leurs données. Nous essayons de leur recommander des solutions, mais il est possible que pour la mise en œuvre les ressources financières peuvent être un obstacle», observe Max Klaus, du NCSC. «C’est un peu comme une assurance. Chacun évalue combien il est prêt à investir pour se protéger», illustre quant à elle Claudine Wyssa.

Faut-il reporter les élections communales ?

Face à la difficulté à faire campagne et à recruter des candidats, certains élus réclament un report du scrutin. D’autres y voient un moyen de faire de la politique autrement

Le mouvement «Écologie et citoyenneté» d’Échallens fait campagne avec un vélo-cargo pour aller à la rencontre des gens. Ici, Patrick Miéville (casquette), Jean-Christophe Boillat (veste kaki), Catherine Carron, Marc Müller (sur le vélo) et la petite Lisa.

Apéros, poignées de mains, discussions au bistrot, raouts… Les rituels électoraux ne sont guère compatibles avec les restrictions sanitaires. Coronavirus oblige, les candidats aux Communales vaudoises vont au-devant d’une campagne unilatéralement qualifiée de «bizarre».

Pour Cyril Zoller, en lice pour le parlement aiglon sous la bannière AlternativeS, elle risque d’être biaisée par la crise. «Il y a toute une partie des citoyens – confinés ou qui n’ont pas accès aux réseaux sociaux – que nous n’atteindrons pas. Comment pourront-elles choisir les bonnes personnes sans les connaître, sans pouvoir les approcher même, en raison des distances sanitaires?»

Fort de ce constat, l’Aiglon veut susciter le débat: et si on repoussait les Communales à des jours meilleurs, «à mai, voire juin»? L’idée rencontre un écho au centre. La députée Vaud Libre bellerine Circé Barbezat-Fuchs relayera la question mardi en séance du Grand Conseil. Ancien secrétaire des Vert’libéraux et candidat à la Municipalité de Bex, Michael Dupertuis serait également plutôt enclin à repousser. Idem à l’extrême gauche: «Notre parti aime organiser des repas, des moments conviviaux; c’est quelque chose d’important. Nous sommes aujourd’hui très limités dans ces démarches», observe Anaïs Timofté, présidente du POP-Vaud.

«Il serait incongru de déplacer ces élections. On ne doit pas suspendre la démocratie; il est essentiel que nos institutions continuent à fonctionner», Kevin Grangier, président de l’UDC-Vaud. Si la question ne paraît pas saugrenue à Kevin Grangier, président de l’UDC vaudoise, «il serait incongru de déplacer ces élections. On ne doit pas suspendre la démocratie; il est essentiel que nos institutions continuent à fonctionner. Je dirais même qu’il y a un côté symbolique: on doit aller de l’avant.» Cheffe de la députation PLR et candidate à l’Exécutif du Chenit, Carole Dubois renchérit: «En période d’élections, il y a une forme d’inertie qui s’installe dans la gestion des projets, les municipaux ne sachant pas s’ils seront encore en poste. Prolonger cette période d’inertie ne me paraît pas être une bonne idée.»

Les petits pénalisés?

Les formations indépendantes semblent les plus séduites par l’idée d’un report. «Financièrement, prolonger la campagne ne nous avantage pas; mais les petits partis sont clairement plus dépendants des contacts directs pour faire connaître leurs idées», observe Cyril Zoller. Anaïs Timofté précise: «Les grands partis n’ont pas besoin d’être présents sur tous les marchés pour que les électeurs aient une idée de leur programme. Les mouvements alternatifs ont davantage besoin de visibilité.»

«Il y a toute une partie des citoyens – confinés ou qui n’ont pas accès aux réseaux sociaux – que nous n’atteindrons pas. Comment pourront-elles choisir les bonnes personnes sans les connaître?» s’interroge Cyril Zoller, candidat AlternativeS à Aigle.

Alberto Mocchi, président des Verts vaudois, estime que «si la situation actuelle pose effectivement des questions, être présent sur un marché ne garantit pas davantage de toucher tout le monde. Une campagne, c’est un ensemble de vecteurs.» Pour Claudine Wyssa (PLR), présidente de l’Union des communes vaudoises, tous les partis sont d’ailleurs logés à la même enseigne. «Je ne vois pas l’intérêt de repousser. Je doute que la situation sanitaire change drastiquement en deux ou trois mois.»

Sandra Glardon, candidate socialiste à la Municipalité de La Tour-de-Peilz, bastion de la droite, voit une chance: «Faute de pouvoir se réunir ou tenir un stand sereinement, le Covid impacte particulièrement les partis d’opposition comme nous ou les nouvelles formations, et c’est un stress supplémentaire pour trouver des candidats et faire campagne (lire encadré), mais c’est aussi une occasion de se réinventer.» Ou d’être «audacieux et innovants», renchérit Kevin Grangier.

Un défi de «créativité»

Oui, mais comment? Là, les réponses sont évasives. La plupart des Communes et partis affinent leur stratégie en modulant l’existant au mieux. «Il faut trouver le juste mélange entre réseaux sociaux, qui touchent une partie des électeurs mais pas tous, et journal local, considère Cédric Roten, syndic socialiste de Sainte-Croix. Il faudra peut-être aussi se résoudre à appeler les gens individuellement, à l’anglo-saxonne. Cela s’annonce en tout cas un bel exercice de communication.» Certains, comme les Vert’libéraux, misent sur des courriers personnalisés ou des événements en direct sur les réseaux sociaux. «On essaie de recréer autrement ce lien social», explique Michael Dupertuis.

Fabrice Cottier, candidat PLR à la Municipalité d’Aigle, se réjouit de relever «le défi de se démarquer». La recette de son parti? Aucun stand, pas d’affichage sauvage, mais «un sondage papier envoyé avec QR code pour répondre sur téléphone ou ordinateur.» Circé Barbezat-Fuchs y voit, là encore, un biais défavorisant les petites formations locales: «Les partis fédéraux disposent de plus de moyens financiers et humains et d’une organisation plus conséquente qui permet des synergies entre sections. Un tous-ménages, comme ceux envoyés à Bex et Aigle par le PLR, a un coût bien plus élevé qu’un stand.»

«Les grands partis n’ont pas besoin d’être présents sur tous les marchés pour que les électeurs aient une idée de leur programme. Les mouvements alternatifs ont davantage besoin de visibilité.» Anaïs Timofté, présidente du POP-Vaud.

La palme de l’inventivité revient au nouveau mouvement d’Échallens «Écologie et citoyenneté». Ses slogans et QR code d’un mètre sur deux dessinés à la craie dans des lieux emblématiques de la cité du Gros-de-Vaud ont beau avoir fâché la Municipalité, ils ont fait un carton. «4000 vues sur Facebook, 30 membres actifs ultramotivés: c’est juste inespéré alors que nous n’existions pas il y a trois mois», s’enthousiasme Catherine Carron, qui annonce une liste pour la Municipalité et une autre pour le Conseil. La jeune formation se distingue également avec un vélo-cargo recyclé en lieu de discussion mobile. Un bon compromis entre respect des normes sanitaires et «volonté de porter le débat à l’extérieur, là où des personnes de foyers différents peuvent échanger en ces temps où les lieux publics sont fermés».

Les biais des réseaux sociaux

Peu actif sur Facebook (la dernière publication de la section yverdonnoise remonte par exemple au 31 décembre, celle de l’antenne Lavaux-Oron et Riviera au 13 mai 2019), le POP semble circonspect sur la tenue d’une campagne virtuelle: «Une partie de la population n’est pas présente sur les réseaux sociaux, réagit Anaïs Timofté. Et les algorithmes de Facebook induisent un autre biais, avec une sous-représentation des visions alternatives, dont les posts sont moins visibles.»

Source: https://www.24heures.ch/la-campagne-doit-muter-pour-vaincre-le-virus-810623378395

Face au covid, Vaud fait la pub pour les élections de 2021

Avec toutes les restrictions liées au Covid-19, les autorités vaudoises craignent une désaffection pour les communales de mars prochain. Le canton lance donc une vaste campagne pour encourager les gens à s’engager

Limitation des rassemblements politiques, restriction du nombre de personnes sur un stand d’information, impossibilité de faire du porte-à-porte ou tout simplement de débattre, attablé dans un bistrot, un verre à la main. Comme beaucoup d’autres pans de la société, la vie civique est profondément impactée par les mesures sanitaires liées au Covid-19. Ce contexte inquiète les autorités vaudoises, alors que se profilent les élections communales de mars 2021. Le canton a ainsi lancé ce lundi matin une campagne «Pour ma commune» afin de «soutenir les collectivités publiques dans le nécessaire travail d’information et de promotion de cet important événement démocratique».

«La pandémie ne doit pas mettre entre parenthèses la démocratie», a plaidé la conseillère d’Etat Christelle Luisier, responsable du Département des institutions et du territoire (DIT). Pour celle qui fut durant dix ans la syndique de Payerne, ces élections communales doivent absolument être maintenues, dans le respect des normes sanitaires en vigueur. Le canton a tenu à lancer cette campagne de promotion avant le mois de décembre. «Si le premier tour est agendé au dimanche 7 mars 2021, le délai pour le dépôt des listes est, quant à lui, fixé au lundi 18 janvier, rappelle Christelle Luisier. Dans les faits, avec la période des Fêtes, le recrutement s’effectue jusqu’à Noël.»

Flyers et capsules vidéo

L’accompagnement proposé par le canton s’appuie sur deux axes. Le premier consiste en l’ouverture d’un site internet, www.pour-ma-commune.ch, qui centralise toutes les informations nécessaires en relation avec le scrutin, notamment la marche à suivre pour se porter candidat. Le second axe a pour but de sensibiliser la population et d’encourager des personnes à s’engager pour leur commune. Le DIT met ainsi gratuitement à disposition tout un matériel de promotion: flyers, affiches, capsules vidéo proposant des témoignages d’élus, etc.

«Près de la moitié des quelque 300 communes vaudoises ont déjà annoncé vouloir profiter de ce soutien», se félicite la conseillère d’Etat PLR, qui précise que l’intérêt ne vient pas seulement des petits villages: «Pas moins de dix communes de plus de 10 000 habitants se sont manifestées.» Et certaines villes n’ont pas attendu pour le faire savoir. Ainsi, peu après l’annonce du DIT, La Tour-de-Peilz annonçait par voie de communiqué de presse son intention de relayer la campagne «Pour ma commune» sur ses divers supports de communication: site internet, page Facebook, journal communal… Le but est d’inciter les habitants «à faire acte de candidature pour les prochaines élections communales».

«A nous de nous montrer inventifs»

«Cette action du canton arrive au bon moment pour attirer l’attention de la population sur les élections», analyse la présidente de l’Union des communes vaudoises (UCV), Claudine Wyssa. La syndique de Bussigny observe que «si dans les grandes villes, les partis ne semblent pas rencontrer trop de problèmes pour trouver des candidats, la situation est plus compliquée dans les plus petites communes, où la difficulté de se rencontrer freine le recrutement». Si elle reconnaît que cette pandémie est une période compliquée aussi bien socialement qu’économiquement, l’élue PLR, qui se représente en mars, se veut confiante par rapport à la campagne électorale à venir. «Pour une fois, on ne se gèlera pas les pieds à des stands – les communales tombent toujours en hiver –, sourit Claudine Wyssa. A nous de nous montrer inventifs, sur les réseaux sociaux ou avec des affiches un peu plus incisives que d’habitude.»

Reste que si le Covid-19 amplifie les craintes concernant le renouvellement des élus locaux, la campagne de communication s’inscrit dans un contexte plus large de crise des vocations. Durant la législation en cours, dans le canton de Vaud, 21% des membres d’exécutifs communaux (345) ont démissionné. Les maux sont connus: manque de reconnaissance, difficulté croissante à concilier vie privée, vie professionnelle et engagement politique ou complexification des dossiers (en particulier dans les domaines des écoles et de l’aménagement du territoire). «Afin que cette action de sensibilisation ne soit pas un one shot, mais un engagement de longue haleine», selon les mots de Christelle Luisier, un programme de formation sera également mis en place à destination des greffes, des bureaux électoraux, mais aussi, dès l’été 2021, des nouveaux élus.

Campagne également à Fribourg

Du côté du canton de Fribourg, où le premier tour des élections communales se tiendra également le 7 mars 2021, une campagne vidéo est aussi prévue ces prochaines semaines. «Elle se déroulera principalement sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser la population à cette élection», confirme Samuel Russier, secrétaire général de la Direction des institutions, de l’agriculture et des forêts (DIAF). Il relève néanmoins que le Covid-19 n’a fait que renforcer des actions de soutien aux autorités communales déjà existantes dans le canton.

En décembre 2019, le conseiller d’Etat fribourgeois Didier Castella présentait en effet tout un catalogue de mesures, allant de la mise sur pied d’un système de mentorat et de formations créées avec l’appui de l’Institut de hautes études en administration publique (Idheap) de Lausanne. «Un accent particulier a été mis sur la sensibilisation des employeurs quant aux vertus du système de milice», insiste Samuel Russier, ajoutant que des rencontres avec les faîtières patronales avaient eu lieu cet automne. Il demeure optimiste quant à la vivacité de la politique locale: «Depuis le début de la pandémie, nous n’avons recensé que très peu de démissions au sein des autorités communales. Face à la crise, chacun a pris ses responsabilités.»

Source: https://www.letemps.ch/suisse/face-covid-vaud-pub-elections-2021

Claudine Wyssa lâche les communes vaudoises, mais pas la sienne

À l’Exécutif depuis 2002, Claudine Wyssa sera à nouveau candidate à la Municipalité de Bussigny en mars prochain. Elle quittera d’ailleurs la présidence de l’UCV pour mieux se consacrer à sa ville.

Alors que de nombreux élus de premier plan annoncent leur retrait depuis quelques semaines, la syndique de Bussigny Claudine Wyssa ne les imitera pas: elle brigue en effet un cinquième mandat dans «sa» ville. «J’y ai beaucoup réfléchi, car c’est un engagement qui est tout sauf anodin. Mais j’aime Bussigny, et ça vaut la peine de s’investir pour cette commune. Et puis j’ai croisé plusieurs personnes qui m’ont demandé de continuer. Ça a compté dans mon choix.»

À bientôt 67 ans, n’est-ce pas le moment de favoriser un certain renouvellement en laissant sa place? «J’ai la conviction d’avoir fait mon job jusqu’ici et que je peux encore apporter quelque chose, explique celle qui a rejoint l’Exécutif en 2002. Même si le travail de syndique n’est pas toujours simple, je ne me sens pas fatiguée. Dans le contexte actuel, je pense également que l’expérience acquise dans le passé me permettra de mettre à disposition des éléments dont la population pourrait avoir besoin.»

Bientôt 10’000 habitants

Dans une commune qui s’apprête à franchir le cap des 10’000 habitants, Claudine Wyssa est bien consciente que l’équipe municipale se retrouve face à de nombreux défis. «L’augmentation de la population doit être accompagnée d’une hausse des emplois, estime celle qui est syndique depuis 2009. Cette mixité est importante. La promotion économique sera l’un des volets de la prochaine législature.»

Et quand on lui demande quel dossier lui tient à cœur, elle n’hésite pas: «J’aimerais initier un projet culturel, que ce soit un musée, un théâtre ou une salle d’exposition. Pour notre ville, ce serait un véritable plus.»

Si elle souhaite continuer à défendre les intérêts de ses citoyens, Claudine Wyssa va en revanche renoncer à son mandat à la tête de l’Union des communes vaudoises (UCV), dont elle assure la présidence depuis bientôt une décennie. «J’irai jusqu’au terme de législature en juin prochain, puis j’arrêterai, annonce-t-elle. Après dix ans, je pense qu’un changement est nécessaire. J’ai beaucoup apprécié cette mission plus politique, mais je veux désormais me concentrer sur Bussigny et l’Ouest lausannois.»

Trois départs à l’Exécutif

Malgré la candidature confirmée de la syndique, la Municipalité va passablement changer de visage lors des prochaines élections. Au sein de l’Entente communale (EM), Claudine Wyssa sera accompagnée d’un autre sortant, Jean-Daniel Luthi. Le parti présentera également les conseillers communaux François Marchon et Paola Käslin. Jean-Pierre Aeby, lui, ne se représentera pas.

Du côté du Parti socialiste et Indépendants de gauche (PSIG), les deux municipaux en place – Germaine Müller et Jean-Claude Glardon (qui aura passé près de vingt-cinq ans à l’Exécutif!) – passeront la main. La formation désignera ses candidats pour leur succéder prochainement, tout comme l’UDC.

Source: https://www.24heures.ch/claudine-wyssa-lache-les-communes-vaudoises-mais-pas-la-sienne

«Les communes ne doivent pas tout accepter»

Deux Vaudoises mettent en garde les magistrats des municipalités genevoises.

Quarante-quatre millions. C’est la somme que le Conseil d’État veut ponctionner aux communes en 2021 par le biais du projet de loi dit écrêtage, actuellement étudié par les députés. Ce montant est exigé comme participation à la facture sociale. Aujourd’hui, ces frais sont intégralement assumés par le Canton. Avec cette nouvelle participation, le gouvernement espère réduire l’effet ciseau – l’augmentation plus rapide des charges que des revenus – lié à ces dépenses qui creusent sa dette.

Genève n’est pas le premier canton à penser à reporter une partie des charges sur les communes pour assainir ses finances cantonales. Plombé par une dette comparable au début des années 2000, Vaud, dont on loue aujourd’hui la bonne santé financière, a eu recours à la même stratégie. Dans d’autres proportions et avec des conséquences non négligeables.

Plusieurs communes vaudoises rencontrent actuellement des difficultés financières. La présidente de l’Union des communes vaudoises (UCV), Claudine Wyssa, et l’ancienne présidente de l’association des communes vaudoises (ACV), Joséphine Byrne Garelli, mettent en garde les Exécutifs des municipalités genevoises sur les risques d’un tel report de charges.

Que vous inspire la situation genevoise?

Claudine Wyssa: Malgré leur proximité, les cantons de Genève et Vaud paraissent à bien des égards parfois très éloignés. Mais quand je suis les débats genevois sur la répartition des charges entre l’État et les communes, je vois beaucoup de similitudes sur les difficultés à faire fonctionner nos collectivités.

Que souhaiteriez-vous dire aux magistrats communaux genevois?

C.W.: De ne pas accepter n’importe quoi. Il peut être nécessaire d’aider le Canton à un moment donné, mais il faut au minimum préciser un montant maximal et la durée de cette aide.

J.B.G.: Si les communes genevoises décident d’entrer en matière sur une participation à la facture sociale, elles doivent également obtenir des compétences dans ce domaine, afin d’avoir un poids dans les décisions sur les montants engagés.

Quelle est la situation des communes vaudoises aujourd’hui?

J.B.G.: Elles cumulent un déficit d’investissement de l’ordre de 110 à 140 millions de francs par an. Les infrastructures et les services aux citoyens ne sont par conséquent pas partout développés comme ils devraient l’être.

Comment en est-on arrivé là?

C.W.: Longtemps, les communes vaudoises assumaient 33% de la facture sociale. En 2004, pour assainir la dette du canton, le Grand Conseil a décidé d’augmenter progressivement cette participation à 50%. Or, entre 2004 et 2020, la facture sociale a été multipliée par presque 4! Les communes n’arrivent plus à payer aujourd’hui. Certaines ont dû augmenter leurs impôts, d’autres aimeraient, mais leur population a refusé. De son côté, le Canton affiche des finances saines depuis une dizaine d’années. Cette situation n’est pas normale.

Un accord pour un rééquilibrage financier entre le Canton et les communes a finalement été trouvé.

C.W.: Tout le monde s’accordait sur le fait qu’il fallait revoir cette répartition. Les deux parties viennent de s’entendre une participation des communes à la facture sociale à 36,7%. La transition se fera progressivement jusqu’à 2028, où elle deviendra pérenne.J.B.G.: Cet accord est une bonne nouvelle. Mais son entrée en vigueur est trop progressive. Durant ces huit prochaines années, la situation risque encore de se détériorer pour les communes avec les pertes liées au Covid-19 et l’augmentation constante de la facture sociale.

Une participation de 36,7%, c’est donc presque un retour à la situation d’avant 2004.

C.W.: Oui. Cette proportion correspond quasi à la part d’impôts globaux versés aux communes vaudoises. Le Canton reçoit deux tiers de cette manne et les communes en récupèrent un.

Le transfert de charges s’était-il accompagné d’un transfert de compétences en 2004?

C.W.: Non, pas de transfert de compétences, ni dans un sens ni dans l’autre.

Quelles sont les prestations offertes aujourd’hui par les communes dans le domaine social?

C.W.: Les communes vaudoises s’occupent exclusivement des prestations très locales comme l’aide directe à des personnes, des conseils, les soutiens non imposés par une loi cantonale, les animations, l’intégration, le troisième âge, les travailleurs sociaux de proximité, etc. Toutes les politiques sociales définies dans des lois sont cantonales.

Comment les mairies s’organisent-elles pour assumer ces tâches?

C.W.: Les grandes communes s’organisent elles-mêmes. Pour les autres, c’est surtout régional.

Ce système vous convient-il?

J.B.G.: Pas totalement. La facture sociale augmente de façon fulgurante et les communes n’ont actuellement aucun moyen d’agir sur les sommes allouées à ces prestations. Elles peuvent s’opposer à certaines dépenses, mais cela n’a pas de pouvoir contraignant.

Source: https://www.tdg.ch/les-communes-ne-doivent-pas-tout-accepter