Les grandes communes passent les menottes à Police 2000
25 août 2005 | Catégorie(s) : Police Sécurité, Revue de presse
25 août 2005
POLITIQUE
La Conférence des directeurs des polices municipales propose que le futur systèm e sécuritaire vaudois s’organise par régions autour des centres urbains. Une proposition qui contrecarre le p rojet défendu par l’Etat. La polémique est relancée.
» Une police unique organisée par régions autour d ‘un ou de plusieurs centres urbains: telle est la proposition qui se trouve désormais en concurrence avec Police 2000, le fameux système sécuritaire vaudois que le canton tente de concrétiser depuis de nombreuses années. Emanant de la Conférence des directeurs des polices municipales vaudoises (CDPMV), cette alternative relance le débat sur un dossier dont la réalisation apparaît de plus en plus incertaine.
Police 2000 s ‘enrichit d’un nouvel épisode. Mais dont la portée risque, cette fois, de la faire vaciller. Pour la CDPMV, qui réunit les municipaux de police des principales villes du canton, une variante est nécessaire.
« Pourquoi démanteler ce qui fonctionne alors que, sur le terrain, Police 2000 ne joue pas aussi bien que ça ? s’interroge Maria-Chrystina Cuendet, municipale à Pully. Il est difficile d’imposer un seul projet sur tout le canton puisque les attentes sécuritaires diffèrent. D’autant qu’on voit très bien où tout cela nous mène: vers une centralisation cantonale qui va coûter plus cher aux communes mais avec des résultats moins bons. On le constate déjà dans d’autres domaines.»
Enjeux de taille
L’idée générale avancée par la Conférence, c’est donc d’instituer des polices régionales uniques et organisées autour d’une ville-centre, voire de plusieurs. Leur nombre ? Il n ‘ est pas encore déterminé avec exactitude. Mais ce sont, dans les grandes lignes, Lausanne, les autres villes de l’arc lémanique et Yverdon. Le projet prévoit d’assumer les interventions vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et de doter éventuellement les agents de compétences judiciaires de base. Quant aux régions qui ne comptent pas de réel centre urbain, l’association intercommunale reste une solution. Sans oublier que certaines communes ont déj à passé des contrats de prestation avec la police cantonale.
Autre différence majeure avec Police 2000, le refus de distinguer les activités de police secours (PS) de celles de la sécurité de proximité (lire ci-dessus). Un enjeu de taille. La séparation de ces deux processus alimente en effet depuis longtemps la polémique, notamment entre le canton et Lausanne, qui souhaite garder sa structure policière actuelle.
Dans le projet de la Conférence, la capitale vaudoise n’est d’ailleurs plus considérée comme l’exception mais devient le modèle. Sur un plan général, la CDPMV ne conteste pas à la Police cantonale la maîtrise de la centrale d’engagement ainsi que la coordination des forces policières sur le terrain. Mais elle souhaite que les collectivités puissent avoir leur mot à dire concernant l’organisation des polices à l’échelon régional.
« C’est un aspect délicat, souligne la municipale lausannoise Doris Cohen-Dumani. Mais à partir du moment où nous participons au financement, il est normal qu’on veuille garder un certain contrôle. » ‘ il présente encore pas mal d’inconnues, le projet de police unique dans les régions n’en vient pas moins bousculer les bases, déjà fragiles, de Police 2000. D’autant que l’idée provient d’une entité qui pèse un poids politique certain. D’aucuns considèrent même cette proposition comme une torpille contre le projet de ‘ Etat.
« Il s ‘ agit simplement d ‘ une alternative, tempère Claudine Wyssa, municipale à Bussigny. Le but n’est pas de faire gagner ou perdre quelqu’un, mais de trouver la meilleure solution pour assurer la sécurité des Vaudois. » Doris Cohen-Dumani renchérit: « Certains aspects de Police 2000 sont à garder, mais il est désormais nécessaire d’aller dans une autre direction. Notre proposition doit être analysée, voire ensuite expérimentée.»
Si tel devait être le cas, Police 2000 serait ainsi quasi à coup sûr condamnée. Et comme la CDPMV semble résolue à défendre son projet — que les chefs des polices municipales partagent dans les grandes lignes —, le ton risque de monter ces prochains mois avec le canton. A l’interne, la Conférence a soutenu la variante par 11 voix (5 abstentions, pas d ‘ opposition). Une position qu ‘ elle devrait confirmer le 5 septembre en assemblée.
JEAN-MICHEL JACOT-DESCOMBES
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